« Projet urbain dans les quartiers sud de Beyrouth en partie démolis lors du dernier conflit avec Israël, été 2006 »

2007

Hana Hotait, Petia Ratzov


Dans le cadre du TPFE, le choix du sujet s’est porté sur la reconstruction des quartiers sud de Beyrouth. Les motivations personnelles de chacune étaient différentes mais en accord avec le thème choisi. Pour l’une, libanaise, il était impossible de ne pas se sentir concernée par les évènements. Pour l’autre, le sujet s’accordait avec ses aspirations professionnelles futures. Après plusieurs semaines de recherches et de lectures à Paris, l’incertitude concernant la réalisation du voyage de terrain était au plus haut. La situation politique instable du Liban et les tensions que connaissait le pays n’excluaient pas l’éventualité de nouveaux conflits, ce qui posait la question de notre sécurité sur place. La période des fêtes de fin d’année avait relativement apaisée les tensions locales et nous en avons profité pour prendre la décision de partir. Nous voilà donc arrivées à Beyrouth le 6 janvier 2007 pour cinq semaines de terrain.

Haret Hreik est l’un des endroits les plus détruits au Liban lors du conflit de l’été 2006. Situé en banlieue sud de Beyrouth, considérée comme le bastion communautaire des musulmans chiites, le quartier avait la particularité d’abriter le périmètre de sécurité, correspondant aux quartiers généraux du Hezbollah, ce qui explique l’ampleur des destructions. Le quartier était très dense jusque là, au point que le soleil n’atteignait que rarement le niveau de la rue. Par ailleurs, l’urbanisation s’est faite de manière anarchique, est l’espace public en était très déstructuré. La reconstruction apparaît donc comme une opportunité de revoir le plan général du quartier en pensant le projet à long terme pour éviter de retomber dans les erreurs passées - fortes densités, manque d’équipements, d’espaces verts ou de lieux publics de rencontre...

Mais le territoire étant complètement contrôlé par le « parti de Dieu », la participation de l’Etat est réduite au financement partiel du projet et à la réparation des infrastructures routières. Le Hezbollah s’est entièrement chargé de la reconstruction, soucieux de garder l’esprit communautaire et « l’atmosphère d’avant » du quartier. De ce fait, il reste très hermétique aux propositions externes, ne désirant pas que son autorité locale soit altérée. Par conséquent, il est difficile de contrer son choix de projet, et l’accès aux informations n’est pas évident. Pourtant, sa proposition est très discutable car, même si le programme semble considérer les problèmes que connaissait le quartier - problèmes de circulation, de parkings, de points de respiration dans le tissu urbain, d’absence d’espaces publics etc. - en pratique, il se traduit par un plan masse identique à l’ancien dans lequel les modifications possibles sont d’un point de vue esthétique des façades et dans la répartition interne des immeubles. Prévue pour trois ans, la reconstruction à débuté ce printemps afin que la population puisse retrouver au plus vite son quartier et sa vie d’avant. Mais une telle rapidité dans l’élaboration du projet laisse présager une insuffisance considérable dans la réflexion qui a été portée sur le développement futur du quartier ainsi que sur sa restructuration urbaine.

Sur place, nous nous attendions à « découvrir » un quartier fantôme mais nous avons été surprises de voir à quel point le quartier était animé. Malgré les grands vides laissés dans le paysage urbain, la vie avait repris son cours : la majorité de la population était revenue, le travail de nettoyage a été colossal, les axes principaux ont été rénové, la plupart des commerces avaient réouvert, et on ressentait l’esprit communautaire dans l’atmosphère qui se dégageait. Nous nous sentions en sécurité dans ce quartier. A partir du moment où nous respections les « règles » locales nous n’avions rien à craindre.

Mais ce qui assurait notre sécurité et la liberté de circuler constituait un frein majeur à notre étude. Il nous était impossible de prendre des photos ou des relevés, ni même de faire des croquis. Nous procédions donc par des ballades à la suite desquelles nous mettions par écrit les impressions générales et les détails qui nous semblaient importants, mais cette méthode reste très imprécise. Etant le « siège » du Hezbollah, Haret Hreik est un lieu stratégique pour l’ennemi. La méfiance à l’égard des personnes étrangères au quartier, qu’elles soient libanaises ou pas, est donc énorme. De ce fait, il est depuis longtemps difficile de travailler sur et dans le secteur. Nous y avons été confrontées lorsque nous rencontrions des représentants des institutions officielles - le maire de Haret Hreik, le responsable chargé de la reconstruction, le responsable de la DGU, des représentants du Hezbollah, etc. Ils se refusaient à nous fournir des plans, cartes, ou tout autres documents concernant le quartier, prétextant qu’ils n’en donnent pas au public. De même, chacun nous donnait plus ou moins les mêmes renseignements généraux concernant la guerre, mais dès que nos questions étaient un peu plus ciblées, on n’obtenait pas des réponses. Pour accéder à l’information désirée, il était primordial d’avoir un « social network » (réseau personnel de relations) qui limitait un peu la méfiance et qui surtout permettait de rencontrer rapidement les personnes concernées. Nous avons eu la chance de pouvoir profiter de celui du père de Hana ainsi que des contacts que nous avions obtenus à Paris. Malgré tout, la méfiance était grande.

Le contact avec la population locale a été tout autre. Le peuple libanais est très accueillant et généreux. Les gens du quartier, rencontrés au hasard d’un café ou par des connaissances, étaient chaleureux et ouverts au dialogue. Ces rencontres ont été très émouvantes car les personnes parlaient à cœur ouvert, chacun racontant son histoire de la guerre, et parfois ils en riaient. Non pas qu’elle n’ait pas été traumatisante, mais ils y sont habitués, et c’est une manière de montrer qu’ils ne se laisseront pas abattre et que la vie continue...

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