Etude de cas III : TZED homes à Bangalore par BCIL

2008


Un projet de groupement de 95 appartements à haute qualité environnementale développé par BCIL (Bio Conservation India Limited). Un modèle de développement durable en Inde.

TZED (ZED signifie for Zero Energy Development - en référence au projet anglais de BZED) est situé sur Whitefield Road, dans l’agglomération de Bangalore, a été conçu sur un schéma de développement qui considère la gestion de ses ressources naturelles dans le long terme.
La grande valeur de cette expérience réside dans la démonstration faite que les standards de confort moderne peuvent être assurés en associant les principes du développement durable sans compromettre les mécanismes de production singuliers du marché immobilier ni les coûts de construction.

L’objectif de BCIL était de construire un complexe résidentiel pour une communauté auto suffisante, autonome en énergie, en eau et dans la gestion des ses déchets.
Tous les aspects de la construction ont été travaillés afin d’assurer la conservation des ressources naturelles ainsi qu’un impact minimal sur l’environnement : réfrigérateurs fonctionnant sans électricité, système centralisé d’air conditionné basé sur un renouvellement constant de l’air, utilisation d’équipements à faible consommation énergétique sont autant de stratégies écologiques qui assurent un niveau de confort classique et rajoutent une valeur commerciale au projet.

Approche :

Le projet TZED est ainsi appelé car il tente de réduire drastiquement les émissions de carbone durant l’entière vie du bâtiment (de la construction à la destruction) sans pour autant nuire aux modes de vie énergétique des habitants.
Dans ce but la conception de TZED s’est concentrée sur les six points cruciaux à son développement par le biais de solution innovantes : le design, les matériaux mis en œuvre, l’eau, les déchets, la qualité de l’air et la gestion des énergies.

Design :

Afin d’assurer une autonomie en eau le nombre total de logements est basé sur la capacité portante du site : la quantité d’eau de pluie collectée estimée permet de fixer la capacité annuelle du site en eau. Divisée par la consommation moyenne annuelle d’une famille moderne, on obtient le nombre maximum de famille que peut supporter le site.

Le plan de masse consiste en deux barres parallèles de 4 étages qui contiennent une rue servant autant pour la desserte des parkings que pour les déplacements des piétons. La partie orientée au sud est segmentée en plots afin d’assurer l’apport en lumière naturelle de la rue et de la partie nord. Ces cavités appelées « e-zones » sont traitées comme des jardins publics pour la récréation et comme un espace valorisant les relations de voisinage.

Matériaux :

T ZED met en oeuvre des techniques de constructions et des matériaux (comme la pierre et la terre crue) qui réduisent les émissions de carbone et vont dans le sens d’une utilisation parcimonieuse des ressources et d’énergies de fabrication.
L’équipe de BCIL a aussi eu recours aux fameuses « filler-slab » en y incorporant des briques de flyash (compression de résidus de cendres issues du secteur industriel), afin de réduire la quantité de ciment et d’aciers mis en œuvre.
Les murs extérieurs sont réalisés en briques de terre compressée (500 000 briques ont été nécessaires au chantier) et en blocs de latérite (pierre poreuse rouge du Kerala) revêtues d’un enduit étanche transparent en guise de traitement final. Ce revêtement permet de limiter les effets d’érosion des parois et évite d’avoir recours à une peinture extérieure sans compromettre les qualités thermiques de ces matériaux naturels.
L’intégration de terrasses plantées ou « skygarden » contribue aussi au confort thermique des appartements : elles offrent un jardin aux appartement situés aux étages tout en jouant le rôle d’isolant thermique pour les pièces situées dessous. Ces terrasses vertes sont faites d’une couche de terre posée sur un lit de paille ou de fibre de noix de coco qui irrigue par capillarité la terre et qui assure la légèreté du dispositif.
Le bois de caoutchoutier, un arbre de plantation, est utilisé pour les portes et les parquets, le palmier pour les passerelles piétonnes extérieures. Les portes des appartements sont garnies de fibres naturelles compressées et les meubles sont fabriqués en dérivés de bambou. Ces bois sont des ressources locales qui demandent moins d’énergie pour être produites et participent ainsi à la réduction des émissions de carbone.

Eau :

Un réseau autonome assure l’approvisionnement en eau du complexe : il utilise les eaux de pluies collectées depuis les toits et les espaces verts et stockées dans des réservoirs souterrains. Cette eau est filtrée par un système de drains, de fosse de percolation et de puits. Un total de 44 puits de collecte d’eaux pluviales assure le pré-filtrage et la recharge constante des réservoirs souterrains. Quatre puits plus profonds reliés à la nappe phréatique sont équipés de filtres à sable et d’un processus d’ozonisation et constituent ainsi une réserve d’eau en cas d’urgence.
Des pompes solaires permettent de remonter l’eau des réservoirs souterrains et de la diriger vers une station de traitement afin de la rendre potable. De nouveau l’eau est renvoyée au sommet des bâtiments dans des réservoirs individuels pour les besoins quotidiens des familles. La production d’eau chaude est assurée par des radiateurs solaires situés sur les toits.
Le complexe résidentiel n’est relié à aucun système d’égouts. Toutes les eaux usées sont traitées via un système de filtration, d’aération et d’ozonisation afin d’être réutilisées pour l’arrosage des jardins et à nouveau percoler vers les puits de collecte et ainsi clore la boucle de recyclage. Ces eaux recyclées sont aussi utilisées pour les chasses d’eau des toilettes.

Energies :

Un système de réfrigération et d’air conditionné centralisé utilisant des refroidisseurs fonctionnant à l’ammoniaque (préservant la couche d’ozone) à été installé au sein du complexe. Cette stratégie permet une économie d’échelle dans les dépenses énergétiques globales et signifie aussi que les réfrigérateurs et les climatiseurs (fournis à l’achat des appartements) sont dépourvus de compresseurs individuels.
Les lampes à faible consommation énergétiques (CFL) et à diodes ont largement été utilisées dans les parties communes et espaces extérieurs. Elles sont équipées de détecteurs de mouvements afin d’assurer qu’elles sont éteintes lorsque l’éclairage n’est pas nécessaires. Ces dispositifs permettent de réduire la consommation électrique commune de 80%, avec une qualité d’éclairage similaire.
Chaque appartement est doté de compteurs (conscience-meter) qui contrôlent la consommation en eau et en électricité. La consommation électrique (renseignée en Watt) est retracée sur un écran permettant à chaque famille de se sensibiliser à la gestion énergétique efficace de leurs équipements. Les robinets de cuisine et de salle de bains sont équipés individuellement de compteurs de volume d’eau.

Dechets :

Les déchets provenant des cuisines sont ségrégués en déchets organiques et non-organiques. Les déchets organiques sont compostés et transformés en engrais pour fertiliser les espaces vers.
Les déchets solides provenant des toilettes sont dirigées vers la station de traitement : un processus de digestion anaérobique où 70% des éléments biologiques sont décomposés.

Air :

L’air conditionnée à TZED est basé sur un renouvellement constant de l’air qui permet un apport de 80% d’air frais chaque 24 heures.

Resultats :

• TZED est un complexe résidentiel qui n’a pas de connexion d’eau depuis l’extérieur.

• Il n’y a pas non plus de connexion au réseau d’égout municipal : toutes les eaux usées sont traitées et réutilisées pour le jardin de manière à ce qu’elle soient à nouveau assimilées par la terre et re-captée par les puits de percolation.

• C’est le premier projet résidentiel de cette échelle en Inde qui centralise la gestion de l’air conditionné.

• La réduction d’émission de carbone à la construction avoisine les 20 000 tonnes.

• La réduction d’émission de carbone au fonctionnement est d’environ de 1500 tonnes.

• TZED ne consume que 60% de l’énergie nécessaire au fonctionnement d’un complexe résidentiel similaire. Les habitants paient l’énergie 30% de moins cher et ont 20% de frais d’entretien en moins par mois

Conclusion :

A travers TZED, BCIL a tenté d’offrir des logements avec des conditions de confort modernes tout en minimisant l’impact environnemental d’un projet d’une telle envergure.
Les multiples technologies et dispositifs architecturaux utilisés sont simples et ont pour la majeure partie d’entre eux déjà fait leurs preuves par le passé. L’effort des concepteurs a été de les intégrer dans un projet qui fasse sens et qui s’attelle avec minutie à toutes les échelles et process d’un complexe résidentiel.
BCIL s’est engagé à long terme dans le développement de logement de qualité et de communautés autonomes. Les nombreux projets de cette entreprise servent aujourd’hui en Inde de modèle pour les développements urbains soucieux des problèmes de ressources énergétiques et d’environnement.

Cette expérience -TZED- a donné lieu a de nombreuses difficultés de planification et de mise en œuvre. Mais malgré ces problèmes il faut saluer ici la prise de risque de l’organisation et la démonstration faite d’une possibilité d’application des problématiques environnementales au contexte sauvage de la promotion immobilière en Inde.


Lieu : Airport Road, Bangalore

Surface : 20000 m²

80 appartements et 15 maisons individuelles de 200 à 320 m²

Projet approuvé par la municipalité de Bangalore.



ASFInt

Association membre du réseau Architecture sans Frontières International