L’affaire Titurbina et l’intervention de ASF Roma



2005
 Alessandra Credazzi

Une histoire qui dure depuis deux ans

Par Alessandra Credazzi

L’histoire des demandeurs d’ asile, qui en septembre 2003 ont occupé deux immeubles à Rome, près de la gare Tiburtina, est très complexe. Au début, les réfugiés avaient occupé deux immeubles appartenant à la Société Générale des Chemins de Fer (RFI) : dans le plus grand vivaient environ 400 personnes (provenant du Soudan, de l’Éthiopie, de l’Érythrée et du Tchad) ; le plus petit en comptait environ 80, tous provenant du Soudan. Mais faisons un petit pas en arrière : pourquoi cette occupation ? Chaque année débarquent sur les cotes de l’Italie des centaines d’immigrés, beaucoup desquels ont du abandonner leur pays déchiré par des guerres et ont vécu des expériences horribles. Ces gens vivent dans l’attente d’une réponse à leur demande d’asile qui dans certains cas se fait attendre pendant plus d’un an (alors que la loi fixe un terme maximum de 45 jours). Tout au long de cette période, d’après la loi italienne les réfugiés n’ont pas le droit de travailler même s’ils ont un permis de séjour provisoire en tant que "demandeurs d’asile". Ajoutons qu’ils ont droit à une subvention financière seulement pour les premiers 45 jours. Cela explique l’occupation de ces deux immeubles inoccupés, qui sont pour eux leur maison et un lieu où exercer des toutes petites activités (obligatoirement au "noir") pour gagner quelques sous pour vivre. Mais si cela leur a permis de résoudre provisoirement le problème du logement, les conditions dans lesquelles ces pauvres gens vivaient ont fait crier au scandale. Plusieurs associations sont devenues les porte paroles de leurs besoins à partir du mois de décembre 2003. Parmi celles-ci : Architecture sans Frontières (avec qui je travaille), Médecins sans Frontières (MSF), Médecins contre la Torture (MCT), Amnesty International (AI) et l’ACSE (Association Combonienne pour les Services aux Émigrants). Chaque association sur la base de ses propres compétences a aidé les immigrés à revendiquer leurs droits (droit d’asile, droit au logement, meilleures conditions hygiéniques et sanitaires) en leur offrant une assistance légale, médicale et des consultants pour le problème du logement. Ces associations se sont coordonnées pour se faire médiateur entre les immigrés et l’Administration Publique. Cette coordination leur a permis d’intervenir, à court terme, pour améliorer les conditions de vie des réfugiés dans les deux immeubles occupés. ASF, par exemple, s’est occupée de l’habitabilité des deux immeubles (remise en place du réseau hydrique, curage des égouts, portes et installations sanitaires neuves, etc.). A moyen-long terme, les associations se sont proposées d’individuer, chacune et ensemble, un arrangement meilleur et définitif autant que possible pour les demandeurs d’asile. A ce propos ASF a dressé une liste des immeubles non utilisés d’après la cartographie de l’administration municipale et a commencé à conduire une enquête pour en évaluer la disponibilité réelle. En 2004 l’administration municipale a ordonner aux immigrés de evacuer les immeubles occupés qui seront démolis pour construire la nouvelle ligne du TGV. A cause de la lenteur de la bureaucratie à leur trouver un nouvel arrangement, les immigrés ont abandonné l’ immeuble plus grand et, sous le conseil de l’association Action, ont occupé un autre immeuble dans la banlieue : sans se consulter avec le comité de coordination, ils ont renvoyé leur problème sans pourtant le résoudre. Dans le nouvel immeuble les conditions de vie sont épouvantables et personne ne sait jusqu’à quelle date ils pourront y rester. Depuis quelques mois, le comité de coordination, formé d’un nombre plus petit d’associations (ASF, ACSE, MCT) a pris en charge les 80 immigrés du Soudan qui habitent encore le second immeuble près de la gare Tiburtina et qui espèrent toujours une solution officielle et légale. Aujourd’hui, ASF continue à faire pression sur l’administration municipale pour qu’elle trouve le plus tôt possible un lieu où construire ou réhabiliter le nouveau centre d’accueil provisoire. C’est un centre qui sera projeté avec la participation des immigrés mêmes (qui depuis deux ans expriment a ASF leurs besoins pour améliorer le nouvel espace habitatif). Nous avons appris, il y a quelques jours, que la mairie de Rome a proposé un ancien hangar industriel en alternative pour les 80 immigrés du Soudan : les études pour vérifier l’espace et la typologie de l’hangar viennent de commencer. Nous espérons qu’on pourra bientôt écrire la happy end de cette longue et pénible histoire et que ces pauvres gens pourront jouir d’un bien mérité et d’un bon logement dans notre merveilleux pays !

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