KARACHI 2006 - Premier FSM en Pays Islamique

2006

Jean-Louis BOURQUE


La 3e phase était prévue en Asie. Elle s’est déroulée à Karachi, Pakistan, où l’islam est religion d’état, du 24 au 29 mars dernier, avec un retard de deux mois causé par le terrible tremblement de terre qui a fait, le 8 octobre 2005, plus de 50 000 morts et un million de sans-abri dans le Cachemire pakistanais. Avec l’appui du Conseil international des FSM, qui regroupe plus de 400 sociétés civiles, avec l’appui de la ville de Karachi et la bénédiction « quasi obligée » du gouvernement de Pervez Muscharraf, l’événement accueille quelques 15 000 délégués dûment accrédités sur un total d’environ 40 000 participants.

Le Québec ne peut rester indifférent à la mouvance des Forums Sociaux Mondiaux (FSM) qui cherchent à proposer des solutions alternatives aux dégâts de la marchandisation sauvage des biens et des services. Hôte du Sommet des Amériques en avril 2001, on a vu plus de 50 000 manifestants converger vers la Ville de Québec pour briser le mur de la honte érigé en catastrophe pour « protéger » et isoler les chefs de gouvernements et leurs délégations. Très médiatisé, l’événement amorçait la conscientisation de la population du Québec aux conséquences du capitalisme sans frontières. En 1999, la réunion de l’OMC à Seattle avait déjà révélé la résistance antimondialiste à la face du monde. C’est à Pôrto Alegre « où tout a commençé » que se sont tenus les premiers FSM en 2001, 2002 et 2003, puis à Mumbai en 2004, et de nouveau en 2005 à Pôrto Alegre.

Renouvelant la formule, le 6e FSM devient polycentrique : Caracas (Venezuela) est l’hôte de la première phase, soutenue par la Révolution bolivarienne de Hugo Chavez. La deuxième phase, tenue à Bamako (Mali) voit l’Afrique noire embarquer dans le train de l’altermondialisation, 50 ans après la rencontre des pays non-alignés de Bandung (Indonésie) où se dessinait la résistance à l’exploitation du tiers-monde par les deux blocs États-Unis / Union Soviétique. L’Appel de Bamako invite les peuples du Nord et du Sud à s’unir pour implanter une alternative à la mondialisation militariste et néo-libérale des États-Unis et les convie au 7e Forum Social Mondial qui se tiendra à Nairobi (Kenya) en 2007.

La 3e phase était prévue en Asie. Elle s’est déroulée à Karachi, Pakistan, où l’islam est religion d’état, du 24 au 29 mars dernier, avec un retard de deux mois causé par le terrible tremblement de terre qui a fait, le 8 octobre 2005, plus de 50 000 morts et un million de sans-abri dans le Cachemire pakistanais. Avec l’appui du Conseil international des FSM, qui regroupe plus de 400 sociétés civiles, avec l’appui de la ville de Karachi et la bénédiction « quasi obligée » du gouvernement de Pervez Muscharraf, l’événement accueille quelques 15 000 délégués dûment accrédités sur un total d’environ 40 000 participants. Le stade de tennis bondé à craquer sert de cadre aux cérémonies d’ouverture et de clôture où se font entendre les grandes voix altermondialistes du Sud-est asiatique en alternance avec danses et musiques traditionnelles du Pakistan et du sous-continent. Plus de 900 bénévoles, pour la plupart étudiants, encadrent cette énorme organisation.

Y participent beaucoup de Pakistanais de toutes tendances (80% des participants), 400 délégués de l’Inde malgré bien des difficultés pour obtenir les visas indispensables, d’autres du Bangladesh, du Népal, de Chine, de Corée du Sud, et de 52 autres pays. Au milieu des 15 millions d’habitants de Karachi, des gens de 58 pays se parlent, mus par une même cause : une autre mondialisation. On y remarque une forte délégation française avec des membres de la CGT (syndicat de gauche) et de différentes ONG qui travaillent à des projets de développement au Pakistan : entre autres le Centre de recherche et d’information sur le développement (CRID), le Comité catholique contre la faim et pour le développement et « Frères des hommes » qui coopère avec le PILER (Pakistan Institute of Labour and Education Research) dont le Directeur, Karamat Ali, est l’un des principaux organisateurs du FSM. Ils sont particulièrement appréciés pour leur grande solidarité et leur généreuse fraternité tant avec les citoyens de Karachi, qu’avec les délégués des Philippines, du Brésil et ... du Québec.

Dans une ambiance de dialogue particulièrement ouvert, cette semaine chargée était une occasion unique de mieux connaître Karachi, une ville réputée dangereuse, et surtout de « mettre le Pakistan sur la carte du monde », au-delà de l’information de guerre. C’est un pays complexe où s’entremêlent toute une mosaïque de peuples : Sindhi, Baluchi, Panjabi, Pashtun, Cachemiri, Brahui. Ses nombreux problèmes économiques, politiques et sociaux sont palpables au quotidien. Pourtant, en dépit de la pauvreté, et malgré l’emprise de la dictature, on reste surpris devant une très grande soif d’ouverture. C’est un autre monde qu’il nous a été permis de découvrir, un monde qui ne se réduit pas à la chasse aux Talibans ou au développement des « madrasa », ces écoles coraniques qui diffusent les courants islamistes les plus radicaux. C’est aussi un pays où l’on vous répète constamment que, « contrairement à tous les pays du monde qui ont une armée, ici au Pakistan, c’est l’armée qui a un pays » ... ce qui en dit long !

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